Le marcottage, une technique de multiplication végétative ancestrale, permet de cloner des plantes ligneuses avec une grande fidélité génétique. Cette méthode, décrite dès le IIᵉ siècle av. J.-C. par Caton l’Ancien, repose sur la stimulation de la rhizogenèse (formation de racines) sur une partie aérienne de la plante mère. Idéal pour les arbustes ou arbres difficiles à bouturer, elle offre une alternative efficace aux jardiniers amateurs et professionnels.

Les bases du marcottage

Qu’est-ce que le marcottage ?

Le marcottage consiste à interrompre partiellement la circulation de la sève élaborée (phloème) sur une branche ou tige, ce qui provoque une accumulation de substances de croissance favorisant l’apparition de racines adventives. Contrairement au bouturage, cette technique permet de conserver une connexion partielle avec la plante mère, assurant un apport en nutriments et en eau pendant la phase de racines.

Pourquoi choisir cette méthode ?

  • Fidélité génétique : Les nouvelles plantes reproduisent exactement les caractéristiques de la plante mère.
  • Taux de réussite élevé : Moins dépendant des conditions extérieures que le bouturage.
  • Polyvalence : Adapté aux plantes ligneuses (lilas, glycine, figuier) et certaines herbacées (fraisiers).

Les méthodes de marcottage

Marcottage en serpenteau

Technique :

  1. Choisir une tige longue (généralement 2 à 3 mètres) de plantes comme la glycine ou le lierre.
  2. Coucher la tige en serpentins : Enfouir des segments de 30 à 50 cm en terre humide, en laissant des « yeux » (bourgeons) exposés.
  3. Maintenir l’humidité : Arroser régulièrement pour stimuler la formation de racines sur chaque segment enterré.

Plantes adaptées : Bignone, mûrier, osmanthe, houx.

Marcottage en butte

Technique :

  1. Rabattre la plante mère en hiver à 10 cm du sol.
  2. Attendre les nouveaux rameaux au printemps.
  3. Construire une butte : Recouvrir les rameaux de 10 cm de mélange sable/terre.
  4. Laisser mûrir : Séparer les marcottes après 1 an.

Plantes adaptées : Fruitiers (pommiers, poiriers) et porte-greffes.

Marcottage aérien

Technique :

  1. Préparer une branche : Retirer les feuilles sur 15 cm, sauf 2 à 3 feuilles en haut.
  2. Inciser la tige : Faire une entaille longitudinale de 5 cm.
  3. Appliquer un hormone de bouturage (type IBA) sur la zone incisée.
  4. Créer un microclimat : Envelopper la partie traitée d’une poche en plastique remplie de mousse humide.

Plantes adaptées : Lilas, érable, laurier-rose, philodendron.

Marcottage par stolons

Technique :

  1. Identifier les stolons (tiges rampantes) chez les fraisiers ou framboisiers.
  2. Maintenir le stolon au sol : Fixer la tige sur un lit de terre humide.
  3. Attendre la racinisation : Couper la tige mère une fois les racines formées.

Plantes adaptées : Fraisiers, framboisiers.

Marcottage à long bois (ou à la chinoise)

Technique :

  1. Enfouir une longue tige (1 à 2 mètres) à 10 cm de profondeur.
  2. Maintenir la terre fine : Recouvrir progressivement la tige de terre (20 cm en 1 an).
  3. Couper les segments : Séparer les portions racinées pour obtenir de nouvelles plantes.

Plantes adaptées : Vignes, kiwis, arbres fruitiers.

Les plantes adaptées au marcottage

| Méthode | Plantes recommandées |
|-|–|
| En serpenteau | Bignone, glycine, mûrier, osmanthe, houx |
| En butte | Pommiers, poiriers, porte-greffes |
| Aérien | Lilas, érable, laurier-rose, philodendron, figuier |
| Par stolons | Fraisiers, framboisiers |
| À long bois | Vignes, kiwis, arbres fruitiers |

Les étapes clés pour réussir

Préparation de la plante mère

  • Choisir un moment propice : Fin d’été ou début d’automne pour les plantes ligneuses, printemps pour les herbacées.
  • Hydrater la plante : Arroser abondamment 24h avant l’opération.

Application des hormones

  • Utiliser un hormone de bouturage (type IBA 0,1 %) pour stimuler la rhizogenèse.
  • Éviter les excès : Une surdosage peut inhiber la croissance.

Maintien de l’humidité

  • Pour le marcottage aérien : Vérifier quotidiennement l’humidité de la mousse dans la poche plastique.
  • Pour les autres méthodes : Pailler le sol pour réduire l’évaporation.

Séparation des marcottes

  • Attendre 3 à 6 mois selon la plante et la saison.
  • Couper proprement : Utiliser des sécateurs stérilisés pour éviter les infections.

Les erreurs à éviter

1. Choisir le mauvais moment

  • Problème : Un marcottage en pleine canicule réduit les chances de succès.
  • Solution : Privilégier les périodes de croissance active mais non stressante (printemps/automne).

2. Négliger l’humidité

  • Problème : La sécheresse empêche la formation de racines.
  • Solution : Arroser régulièrement et utiliser des paillis organiques.

3. Séparer trop tôt

  • Problème : Les racines insuffisamment développées entraînent un choc de transplantation.
  • Solution : Attendre que des racines visibles se forment (souvent 3 à 6 mois).

4. Ignorer les besoins spécifiques

  • Problème : Certaines plantes nécessitent des méthodes adaptées (ex. : marcottage en butte pour les fruitiers).
  • Solution : S’adapter à la morphologie de la plante (tiges longues, rejets, etc.).

Le marcottage, bien que méconnu, offre une alternative durable et efficace au bouturage traditionnel. En maîtrisant les techniques adaptées à chaque plante – du serpenteau pour les glycines au butte pour les pommiers –, les jardiniers peuvent multiplier leurs végétaux préférés avec précision. Cette méthode, héritée de l’antiquité romaine, mérite d’être redécouverte pour son équilibre entre simplicité et efficacité.

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Allan

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